Au fil de la Drize, une balade transfrontalière

Cette balade transfrontalière a été organisée par l’APEC et la bibliothèque Paul Tapponnier  dans le cadre des « Journées des patrimoines de Pays et des moulins »  sous,  l’égide de Patrimoine et Environnement et  la  coordination régionale de la  Maison du Salève. Elle est  en lien avec l’animation « Frontière S »  Mais….pourquoi avoir choisi de  faire de la Drize, le fil rouge ( ou bleu !) de cette  sortie  ? ……

sortie

 

« L’eau qui est un symbole et un objectif très fort en matière de développement durable doit rester une priorité de lAPEC. Toujours la rivière coule, elle véhicule nos comportements en matière d’environnement, structure le paysage urbain et l’environnement de manière incontournable, elle impose les biotopes qu’elle génère, et que l’on doit faire respecter. »

La Drize, est une vieille dame de 13 000 ans,  qui prend sa source à Archamps, traverse Collonges, longe  Croix de Rozon (Bardonnex) puis passe à Troinex ensuite à Veyrier et c’est un bras du nant des Moulins,  qui alimente depuis Bossey le ruisseau des Marais, un de ses confluents. (lire  SAGE  de l’Arve )

Départ de la balade de juin 2018

Le 16 juin 2018, cette balade transfrontalière a réunit une  trentaine de personnes venant des deux côtés de la frontière .

Au départ

Le départ de cette sortie  a été  situé  dans la  zone d’activités de Collonges .Cela a  permis de rappeler l’ancienne  fonction industrielle de ce ruisseau . Entre autres ont été  évoqués, les anciens moulins  de Collonges, de Troinex  et les  artisans de Carouge  ravitaillés  en énergie par un canal,  construit à l’époque  pour ces activités et  alimenté par la Drize.

balade tranfrontalière juin 2018

Cette année,  le  thème national  proposé pour cette manifestation était :   l’homme et l’animal ! Pour coller au sujet …..

Au fil de la Drize

…..Voici un petit résumé du concept de la Charte nature en ville. (  pour en savoir plus En milieu urbanisé, la nature est une nature de proximité qui remplit de nombreuses fonctions dont la détente et les loisirs. Les espaces verts deviennent des éléments de valorisation du quartier, des éléments de patrimoine. Au-delà de ces questions de représentation, un concept s’impose de plus en plus, celui des services écologiques qu’apporte la nature, notamment la biodiversité. C’est  est un enjeu fort de notre époque, la diversité des êtres vivants est un signe de bonne santé de l’environnement, une garantie de la qualité du cadre de vie et de la santé humaine. » …et un extrait de l’accord  du contrat transfrontalier concernant les rivières ( lire fiche rivière Drize ) …. « rendre la rivière plus attractive en valorisant ses espaces de détente et loisirs pour la population …. ».

La confluence

Arrêt  à la confluence des  ruisseaux français,  celui des Fins  plus celui de la  Clef  (à eux deux ils regroupent déjà beaucoup de petits ruisseaux  venant du pied du Salève ) qui donne alors naissance en territoire helvétique à la rivière  Drize (lire explication )

 

Le passage « clandestin »

 

Puis utilisant un  passage «clandestin » de la frontière, le chemin dit des douaniers, le groupe arrive au manège situé  sur le domaine  d’Evordes . L’anecdote, qui suit nous explique  le  lien très fort d’un ancien  propriétaire du domaine avec  les chevaux.  « Quand éclate la Seconde guerre mondiale, et que le manège actuel n’existe pas encore.(sa création  par les Frères  Durafour date de 1982). Pierre Candolle de Muralt, cavalier émérite et colonel divisionnaire, alors propriétaire du domaine d’Evordes intervient auprès des autorités militaires pour les dissuader de réquisitionner les chevaux du cirque Knie. Il obtient gain de cause, en marque de reconnaissance, le cirque, à chacun de ses passages à Genève, viendra donner des représentations nocturnes à Evordes. L’argument de Pierre de Muralt : pas de réquisition en période de guerre  car le cirque est une  distraction importante en cette période. »  Sachons aussi pour la petite histoire, que la source » dite de Candolle » qui alimente le manège en eau provient de Collonges ( Sous-La Combe)un document notarié de 1710 signé de Maitre Berthollet, l’atteste. Chose extraordinaire,  ni la création de la  frontière, de la voie ferrée ni celles de la route et par la suite de l’ autoroute n’ont eu d’impact sur sa pérennité !

la Drize frontière

 Suit le  passage « réglementaire » de la frontière  . Au détour du manège, la Drize modeste, coule sous un ponceau constitué d’une seule énorme pierre, gardée depuis 1816 par les bornes frontière 74 et 74 bis. C’était le chemin public tendant de Genève à Collonges ! (  renseignement émanant d’ une carte de 1726) ….un chemin à la hauteur de son histoire !

Un cèdre datant de la construction de la Maison de Maitres
Monument Lullin

Le franchissement  de la  borne frontière ( avec l’aimable permission des actuels propriétaires) nous conduit sur le territoire privé du  beau domaine d’Evordes. A cette  halte  nous nous sommes attardés auprès du  Monument à la gloire de la Confédération suisse, du Canton de Genève et des illustres alliés »…..Charles Jean-Marc Lullin de Châteauvieux, le propriétaire des lieux en 1815 obtint du congrès de Vienne, que la frontière soit déplacée bien au-delà de la Drize jusqu’à la route d’Annemasse.  Charles Lullin a fait partie en effet des grands bénéficiaires du Traité de Turin : non seulement son domaine  a été rattaché à la Suisse ( d’autres patriciens genevois ayant des domaines  à Bossey, Collonges ou Archamps n’auront pas la  même chance ?) Mais il obtient en plus  que la frontière fasse un crochet pour éviter que des terres qui lui appartiennent, situées sur la rive droite de la Drize, soient en territoire savoyard!  C’est précisément là qu’il fera  construire le fameux monument

une des plaques gravées du monument

Pourquoi autant de pouvoir ? Lire ici un bref résumé de l’histoire de la famille de Lullin de Chateauvieux

Deux rectifications de la frontière dans la région d’Evordes sont encore intervenues en 1975 et 1985. En conséquence,  il n’est malheureusement plus autorisé de longer le cours d’eau par les Bornands (chemin des chèvres)

Notre étape suivante : La Maison de Maitres

Domaine d’Evordes
The road to Evordes
Allée cavalière d’Evordes

 

 

 

 

 

 

 

 

Hodler, le grand peintre Suisse,  mort il y a juste cent ans a peint l’allée qui y menait et ..qui y conduit encore  ( depuis Troinex)

Ici il n’y avait au moyen –âge qu’un hameau placé sous la juridiction de St-Victor qui a complétement disparu à la suite des guerres du XVIe siècle (des restes : maison forte domaine des Dames,  traces d’un moulin, chapelle ?) Evordes c’est avant tout un domaine  privé ! et l’histoire de ce grand domaine et de ses propriétaires vous est  plus amplement contée ici .

Devant la maison de maitres

Il a été gardé pour la fin de cette étape l’évocation  « d’un autre lien transfrontalier pour les six  communes du Bas –Salève que la Drize : c’est celui avec le Salève donc  un lien avec la Maison du Salève, ( la coordinatrice  de cette visite)

La Maison du Salève est un don à la montagne. Il y a quelques années, les propriétaires actuels  de cette  belle demeure d’Evordes , la famille Ormond, décidèrent de léguer un de leurs biens( situé en France/ Présilly) à la collectivité en exprimant un souhait : qu’il soit dédié au Salève.  La ferme de Mikerne était alors la propriété de la famille de longue date. Monsieur Ormond se souvient de trajets en calèche avec son grand-père pour y aller chasser. En 2007, après deux ans de travaux naissait un véritable site culturel tout entier consacré à cette montagne, le “balcon de Genève ” Pour leur amabilité à nous recevoir et pour ce don à la collectivité que la famille Ormond soit ici profondément remerciée.

Le pont sur la Drize

Puis le groupe a fait halte  sur un ancien pont construit sur la Drize. C’est là qu’au frais nous avons pu  en regardant le paysage,  évoquer des sujets comme l’agriculture  et l’élevage .Les jachères nous entouraient ,  en effet 7% des terres naturelles ne doivent être fauchées qu’après le 15 juin. En France,  c’est la même réglementation .Cette façon de procéder protège la biodiversité. Des ruches, installées près de la Drize nous ont rappelé, l’intérêt de l’apiculture  pour la pollinisation.Le savoir faire de l’apiculteur Et nous ont permis de rappeler l’anecdote qui suit : elle concerne un membre de la famille Lullin.

« Vers 1780 environ, lorsque la fille unique de Pierre Lullin (syndic de Genève) veut épouser François Huber, un jeune aveugle qui est passionné d’apiculture,  elle subit un veto de la part de son père. Mais déterminée et patiente, elle attendra ses 25 ans pour épouser François .Voltaire, un ami du père Huber, relaie l’histoire de ces amoureux  à Mme Necker (mère de Mme de Staël) qui  en fait un roman : Delphine ….. Le « Roi des Abeilles c’est ainsi qu’était nommé François Huber  pour son grand apport à l’apiculture. »

Est faite ensuite,  la  lecture d ‘un texte émanant du « Cultivateur du Léman »  : 2 vols écrits par Charles Lullin en 1812 / 1813 qui   en 1820 reparaitront sous  le titre du « Cultivateur du canton de Genève » … les régimes changent pas les passions !

Un autre ouvrage concernant l’élevage des moutons mérinos  » Observations sur les bêtes à laine faites dans les environs de Genève » en 1804, sera suivi des « Prairies artificielles d’été et d’hiver »  de la nourriture des brebis et de l’amélioration d’une ferme dans les environs de Genève /1806 traduit en italien en 1819.Alors qu’il est maire de Compesières  (1821-1827), Charles Lullin dote l’école des garçons d’un ouvrage d’agriculture élémentaire qu’il avait rédigé lui-même

Charles Lullin a aussi  écrit un traité pour favoriser les associations rurales quant à la récolte de lait. Les fruitières sont connues en Suisse et dans le Jura Français. Ces  fermes,  possédaient  des pièces destinées à la conservation des laitages , ouvertes au nord par le biais de  larmiers  . Son cousin de la branche d’Archamps, l’a soutenu dans cette démarche  ce qui a permis par la suite la création  par  Edmond Boissier de l’entreprise transfrontalière qui est encore pérenne aujourd’hui : Les  Laiteries Réunies.

Là,  en quittant  Bardonnex  pour entrer sur le territoire de Troinex. Et à la vue de la douane de Pierre-Grand.  Il est temps d’évoquer  par le biais de la lecture d’un texte tiré de l’ouvrage  » Le Salève,  Ses histoires Ses légendes » celle du menhir situé à cheval sur les territoires de Collonges , Bossey et Troinex. Ce menhir, qui  a été détruit, par les hommes au XIX e siècle avait deux noms  » La Pirra -Grand » (Pierre-Grand : pour la partie troinésienne du secteur) mais aussi Omphalos, mot grec qui signifie  » Le Centre du Monde »! Le territoire où il était situé a été un lieu important pour les pratiques religieuses des Celtes installés sur ce piémont du Salève. Nous allons évoquer plus loin dans notre balade un autre exemple de ces pratiques religieuses celtes dont on peut encore voir des traces sur ce territoire.

Chemin frontalier longeant la Drize

En reprenant  la marche,  le groupe peut admirer le  paysage de boccage et  les ripisylves de la Drize .S’entendre  rappeler  les vertus des vergers de hautes tiges où la chouette chevêche  trouve un nid, voir des chênes  patrimoniaux,  colonisés par le lierre une  nourriture providentielle pour les oiseaux  tout en étant un  biotope  pour le  Grand-Capricorne( lire Des arbres remarquables) .Entendre évoquer les hutins, une  ancienne façon de cultiver  la vigne,  à l’époque, dans le but avoué de payer moins d’impôts! Etc.

 Puis  les passages et les arrêts le long de la Drize  accompagnés de  pauses et d’évocations des souvenirs des Pirates de la Drize, amènent le groupe à parler des marais et du milieu naturel aquatique .

De l’étiage ou de l’eau trop vive de la Drize .De l’étang de la  Bistoquette, alimenté par le Drize  qui est un très  bon conservatoire. Des Libellules bleues (caloptérix vierge)qui sont de retour,  ce qui démontre  un  meilleur état biologique de l’eau. Quant aux truites fario (dernier repeuplement 1990) hélas pas beaucoup de traces .On trouve aussi dans la Drize des petits crustacées et des limnées, mais peu de batraciens (manque de gouilles) et des Salamandres (uniquement à la Bistoquette) de même que les canards  et hérons et les écrevisses exotiques ont hélas remplacé celles autochtones dites à pattes blanches.

Et c’est  en cheminant sur le Chemin des Bis (  ou chemin du bief)le dernier tronçon pour arriver à Troinex que l’histoire  de la Pierre aux Dames (période néolithique  semblable à  celle du menhir cité plus haut)a été contée . Il est probable qu’au néolithique, les habitants de la région logeaient dans les grottes du Salève et taillaient des menhirs. Une de ces pierres sacrées a été retrouvée au début du XIXe siècle au sommet d’un monticule, au lieu-dit Pierre-Grand. Elle présente, sur une face, quatre figures féminines sculptées qui datent probablement de l’époque gallo-romaine (120 av. J.-C. à 400 apr. J.-C.) et qui sont à l’origine de son nom : la Pierre-aux-Dames. Ce mégalithe fut classé monument historique en 1921 et est conservé depuis 1942 au Musée d’art et d’histoire de Genève. En 1998, la commune en commanda une copie de grande taille qui peut être admirée aujourd’hui sur la place de la Mairie.

Vous trouverez   ici les portraits des savants qui se sont chacun à leur tour penchés sur le cas de cette pierre.

Puis c’est  l’arrivée à Troinex et après la visite  du Quartier de Grand Cour, (1700) où il a été fait lecture de souvenirs de ce quartier .Tous les participants se sont retrouvés dans le parc des sculptures de Malbine,  autour d’un verre de l’amitié offert par l’APEC .

Nos sources : La mémoire de Bardonnex et les Séniors de Bardonnex (Suisse) : www.seniors-Bardonnex.ch  (rubrique visites et découvertes/) Les ouvrages sur l’histoire de Troinex sur celle de Bardonnex, l’ouvrage  » Le Salève,  » Ses histoires Ses légendes »  et les deux livres qui suivent . Toutes ces lectures sont disponibles à la bibliothèque Paul Tapponnier